
Il y a plus de dix ans, je découvrais un brillant représentant de la nouvelle scène théâtrale latino-américaine : Santiago Sanguinetti, acteur, auteur et metteur en scène uruguayen.
Son écriture, traversée par un souffle et une folie jubilatoires, passe du grotesque au terrible, de la parodie au tragique, de Walt Disney au réel le plus cru. Un manège d'oxymores : du sublime au trivial, en passant par le poétique et le scabreux, jusqu’au lyrique et le grotesque. Entrechoquer les éléments dissonants multiplie leurs sens !
Son théâtre, à l'humour féroce, reflète cette constante juxtaposition d'émotions et d'informations contradictoires avec lesquels nous pensons aujourd'hui la vie et nos relations humaines.
Convaincue par la force de frappe de ses pièces, je m'attèle à la traduction de la Trilogie de la Révolution, paru en 2023 chez Actualités Éditions.
Argument contre l'existence d'une vie intelligente est une pièce qui concentre son action autour de quatre personnages exclusivement jeunes dans un espace clos face à une situation extrême.
Dans le texte original, quatre jeunes étudiant.e.s projettent un triple attentat dans des facultés du Cône Sud (Uruguay, Chili, Argentine) comme action directe inaugurale à la révolution sociale. Dans un appartement de Montevideo, les références à la culture pop croisent les sujets emblématiques de la pensée révolutionnaire latino-américaine du milieu du XXème siècle. D’une part, Animaniacs, Taxi Driver, Wonder Woman, Beetlejuice, E.T., Wolverine... ; d’autre part, José Carlos Mariátegui, Carlos Quijano, Che Guevara et Fidel Castro. Un véritable terrain de jeu pour le débat politique qui intègre la pensée des gauches révolutionnaires et sa critique, avec une perspective contemporaine et latino-américaine.
En étroite collaboration avec l’auteur, qui préconise “l’actualisation des références en fonction du pays où serait montée la pièce”, je décide de travailler sur une adaptation pour le premier volet de cette Trilogie.
Il s'agira non seulement de recontextualiser et trouver des équivalences aux références uruguayennes, mais surtout de jouer avec les grandes figures de la gauche française, d’interroger l’héritage des mouvements des années soixante-dix, en les passant à la moulinette de la mondialisation et de sa culture pop. Mélanger sérieux et ludique avec des positions extrêmes et des dialogues absurdes, pour produire une dynamique de jeu qui soit la plus percutante possible auprès d’un public français.
Une création de la Compagnie Bleu Nuit
Mise en scène Ana Karina Lombardi Montenegro
Distribution Léna Delorme, Léo Deschamps, Eloi Durand et Valentine Valeur
Scénographie & costumes Ana Karina Lombardi Montenegro
Cette année, nous travaillerons sur la pièce de théâtre antique Les Oiseaux d’Aristophane, dans une adaptation inspirée par celle d’Alfredo Arias pour la Comédie Française.
Nous commencerons à répéter mi-avril et serons en tournée à partir du 28 mai jusqu’au 8 juin 2025.
Synopsis
Au Ve siècle av. J.-C., deux humains fuient Athènes pour vivre heureux, loin de la ville, de la politique et de la guerre. Mais où peuvent-ils se rendre ? Ils interrogent Térée, une huppe qui a été homme, et qui les accompagne dans leur quête d’idéal. Voici l’amorce facétieuse d’Aristophane pour bâtir une utopie : Coucouville-les-Nuages, où les oiseaux règnent à la place des dieux.
Singularité et vision de l’œuvre
Aristophane, en bon poète satirique, s'autorise à rire de tout et de tous ! Il s'attaque non seulement à la société athénienne devenue invivable, mais aussi à tous ceux qui font métier de l'exploitation d'autrui, et aux dieux eux-mêmes, pervertis comme les hommes par une grossière et pitoyable avidité. Les tares de la société athénienne du Ve siècle sont hélas toujours d’actualité.
À l’heure où on meurt pour des caricatures, où règnent impérialismes, guerres et fake news, Aristophane nous rappelle qu’il faut lutter sans relâche contre les faux semblants, la rapacité des hommes et des dieux, et qu’il est de notre devoir de résister, avec humour, lucidité et courage.
La pièce d’Aristophane pleine de fantaisie, de chants et de chorégraphies est l’occasion rêvée pour interroger avec drôlerie et panache le rôle de nos démocraties et des autres vivants au coeur de la cité. Une cité utopique où tout le monde aurait sa place !
Mon père est mort.
Dans la panique, je me suis mis à baiser comme un fou. Il parait que c'est le déni.
Et puis j'ai fait un cauchemar. Affreux. Je finissais seul comme un chien.
J'ai compris qu'il me fallait faire un enfant, à tout prix.
Je me suis remis à baiser comme un fou mais en quête d'une future mère. C'était pire.
Mon ex m'a dit : tu vas pas bien, fais quelque chose.
Ma mère, qui était pourtant morte, m'a dit : et voilà, dès que j'ai le dos tourné, tu fais n'importe quoi !
Mon meilleur pote m'a dit : moi, je suis alcoolo mais au final tu vaux pas mieux.
Il est un peu maladroit mais il est toujours là. On s'est mis au vert. On a rejoint un Cercle de parole... d'hommes.
Si si ça existe. J'ai tout balancé, la mort de mon père, l'hôpital, mes colères, mes désillusions.
Mon désir de paternité.
Ma mère en a profité pour rappliquer à nouveau, j'ai compris que le deuil, c'était plus long que prévu.
Mais vous inquiétez pas, on va rigoler... enfin, j'espère.
Voilà, aujourd'hui je suis là et je suis papa. Ou pas...
C'est pas grave de savoir si c'est vrai, le spectacle est là, lui, non ?
Puisque vous y êtes.
Lien : https://www.desilsetdeselles.com/portfolio-items/seventies/
D'après «Sur la piste animale» de Baptiste Morizot
Interprétation